[Le tram parvenu au sommet de la pente de la Tranchée croise l'attelage du "roulez" ou "roulet" qui monte vers Dardennes. La seconde ligne est pourtant plus ancienne que la première puisque l'une portait le numéro cinq [5] et l'autre le six [6].
Si aujourd'hui le 5 est toujours inscrit sur cet itinéraire, la 6 a fusionné avec la trois [3] et le Terminus des Routes a été prolongé jusqu'au haut de l'Avenue des fils Marescot et arbore toujours le 3. La mention Les Routes était d'ailleurs toujours inscrite au fronton des bus ; ce ne sera que suite à de nombreuses interventions relayée par le CIL des 4 chemins que l'on verra apparaître en 2006 "Quatre-chemins des Routes" et comme c'est trop de texte à afficher : "4 Chemins des Routes".
Le "roulez" nécessitait un bon entretien des voies. Le développement du rail permettra d'envisager une stabilisation du trajet sur un plus long terme. Pour la petite histoire le rail n'est pas une invention récente. A Newcastle (en haut à gauche après Le Broussan) il fit son apparition fin XVIIème, sur l'idée d'un français expatrié, un certain BEAUMONT dont une tour porte ce nom au Faron. Il était en bois. Ces madriers furent bientôt ferrés et, 40 ans après, la fonte industrielle permettra un nouveau développement du rail pour les besoins de l'industrie minière, relayée vers 1810 par le rail en fer. L'ère moderne pouvait commencer ; l'âge de fer aussi pour les trains et trams.
Encore fallait-il les inventer ! Et nous sommes allés chercher à Claret, un autre quartier de Toulon, une information de première importance. En effet, c'est bien un certains Jean Claret, vers 1889, qui créera la première ligne de tramways électriques en France. Plus près de nous, le républicain Jules GREVY (1), président de la République, prenait un premier décret le 16 janvier 1881 pour « .../... l'installation de trois lignes de tramways hippomobiles aux secteurs de Saint-Jean du Var, Bon-Rencontre et Le Mourillon à Toulon .../... ». La plus importante des délibérations de notre bon Conseil municipal de la bonne ville de Toulon-sur-mer, celle datée – et disponible rue Conti aux AM, donne « concession de réseau de voie ferrée à traction de chevaux sur le territoire de la Ville et la banlieue. » La messe était dite.
Si dès 1881 la ligne 5 était desservie par des omnibus à chevaux, il faudra attendre 1907 pour voir s'ouvrir la ligne tramway « Unirail » de la société ISOPEDIN. Cet ingénieux entrepreneur envisageait alors le transport de marchandises également sur ces voies. Le PDU avant l'heure. C'est beau la concertation ; vive la contribution du privé !
Ce ne sera qu'en 1903 – c'est loin ! – que des discussions s'engagent pour l'établissement d'une ligne de tramways à traction mécanique entre le centre-ville et « le lointain quartier Quatre-chemins des Routes ». L'itinéraire, remis au goût du jour, partait du rond-point Gabriel PERI (Palais de justice) pour parvenir au seuil de l'intersection « du chemin vicinal ordinaire » dit de Moneiret (aujourd'hui axe Les Fours-à-chaux _ Jean AYRAL, le nom d'origine n'ayant été que très partiellement maintenu sur cet axe, et déplacé vers Valbertrand).
La proximité de la Ville jusqu'au carrefour alors dit « Place Notre-Dame » ne sera acquis qu'après une pétition des habitants des Quatre-chemins (délibération du CM datée du 16 décembre 1903). Les conseillers municipaux Louis PICON, BOUZIGUE et Marius CHAMPAGNE obtiennent même le prolongement jusqu'à l'actuelle Place liberté « au Guillaume Tell » et exigent « l'exploitation immédiate de cette ligne ». Mais l'ouverture et l'optimisation de la ligne nécessitant le franchissement de plusieurs voies ferrées (la PLM et les Poudrières du Las), il fut nécessaire de faire intervenir le Député Prosper FERRERO auprès du Ministre des travaux publics. Le Pont sur l'avenue aujourd'hui Général GOURAUD ne faisant que deux mètres de large, l'accès à BARBES – déjà en Résistance !!! – n'était pas aisé pour l'empattement d'un tramway mécanique.
Ce sera le 1er juillet 1904, tracté par une motrice SHUCKERT, que sera effectuée la réception des travaux pour une mise en service dès le 2 juillet. La rue Adolphe GUIOL (actuelle sous-préfecture - Hôtel des arts, pardon - où il ne faut pas manquer Van ROGGER) servit de terminus quelques semaines avant qu'un garage fusse établi rue de Lorgues dès la fin août 1904. La tête de ligne parvenue à ce point permis la jonction avec l'antique ligne 3 du Cap-Brun et les deux fusionnèrent peu après sur demande insistante du conseiller PICON. Et dire que dans le projet de TCSP (celui du siècle dernier à Toulon puis repris par TPM) il nous aurait fallut quitter la 3 une fois parvenu à l'Arlésienne au tram pour le reprendre trois kilomètres plus loin (principe de l'arête de poisson nous a-t-on expliqué à l'époque) ...
2 juillet 1904 – 15 avril 1955,
ou la durée de vie de cette ligne. Allez vous faire conter le dernier voyage par notre cher bibliothécaire de la société des Amis du Vieux Toulon, il s'en souvient encore ; une grande page de notre mémoire toulonnaise, un apport complémentaire à notre modeste érudition.
Entre ces deux dates, les anecdotes seront bienvenues.
Pour ceux qui seraient tentés de poursuivre le débat sur une solution contemporaine de l'omnibus à traction électrique sur pneus, un forum peu exploité mais qui résume bien l'enjeu de ce nouveau développement Très Basse Tension par rails ...
Leurs sources : un site à explorer(1) Certains diront de ce président que c'était un
drôle de zèbre ; nous ne soutenons pas cette rumeur.
Ilustration : Collection personnelle Gabriel BONNAFOUX, Six-Fours, ancien des trams. Son ouvrage, édité en 1985 à compte-d'auteur, est très bien documenté sur ce dossier et nous y avons puisé une grande partie de nos sources pour l'historique du TC à Toulon. Droits réservés